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Interview, Travail, Voyage

Nunaya et le travail en Corée du Sud

Aujourd’hui je vous présente un article spécial avec une personne  spéciale : j’ai nommé la jolie Nunaya  . J’avais comme projet de réaliser des interviews avec des expatrié(e)s habitant en Corée du Sud dans l’objectif de comprendre un peu plus leur place dans la société Coréenne et plus particulièrement au sein des entreprises Coréennes.

L’idée d’interviewer la youtubeuse française Nunaya m’est venue naturellement. À travers ses vidéos, je découvre rapidement quelqu’un d’authentique, de sensible, abordant de nombreuses thématiques tout en restant honnête et exposant ses expériences avec beaucoup d’humour. Il faut avouer que je ne suis pas une grande addict de youtube mais en cherchant bien, on fait de belles découvertes.

En Corée du Sud, le travail prime sur la vie privée. J’ai donc demandé à Nunaya de me parler un peu plus de ses expériences professionnelles en Corée du Sud . Elle me livre ses anecdotes, sa perception du monde du travail en Corée du Sud et le reste…  à vous de le découvrir !

NunayCrédits: Nunaya

Pour commencer, peux-tu me parler un peu de toi, de ton parcours ?

J’ai 31 ans, née en région parisienne, mais de parents Lillois, j’ai passé toute mon adolescence en Suisse où j’ai suivi une partie de mes études professionnelles. J’ai effectué un premier pvt au Japon en 2010 puis le second en Corée du Sud en 2012. J’ai finalement décidé de prolonger mon séjour à Séoul où je suis restée plus de 3 ans et demi.

Actuellement en reprise d’études dans le domaine de la communication, j’espère obtenir ma licence pro en 2017 ce qui devrait me permettre de repartir à l’étranger plus sereinement.

Dans tes vidéos, tu nous exposes avec passion ton affection pour le Japon et la Corée du Sud (que tu connais maintenant par cœur). Peux-tu nous expliquer ce qui t’a attiré vers ces deux pays ?

Dire que je connais ces deux pays « par cœur » est un bien grand mot ! Je dirai plutôt que j’ai acquis certains repères et que j’ai appris à comprendre certains aspects de ces différentes cultures.

Je pense que la « différence » et le « danger » m’ont toujours attirés. La culture asiatique étant très éloignée de ma propre culture d’occidentale, cela m’a toujours fasciné. S’y confronter est un vrai challenge et on apprend beaucoup de chose sur soi, sur l’humain, notre vision du monde.

Pourquoi plus spécifiquement le Japon et la Corée du Sud? Avant tout pour leur modernité et leur « esthétique ». J’adore les grandes villes pleines de néons multicolores et grouillantes de monde ! Petit bonus pour le Japon avec son côté « fou » et sa créativité sans limite. C’est un pays très inspirant !

Tu es partie dans un premier temps au Japon avec un PVT puis en Corée du Sud. Quelles ont été tes démarches pour trouver un emploi dans ces deux pays ?

Depuis toujours, j’adore fouiner sur Internet et donc, c’est un outil que je maîtrise très bien ! Avant un départ, je passe toujours un nombre incalculable d’heures pour trouver des informations et notamment au sujet de l’emploi. En général, je fais des recherches par mots clé sur Google et j’ouvre l’œil sur les forums d’expatriés. J’ai toujours décroché un job avant mon départ.

Pour mon PVT à Tokyo, j’avais vu deux annonces sur le forum france-japon.net. L’une pour un poste de professeur de français FLE dans une petite école privée, l’autre pour être assistante-fleuriste pendant la période de Noël. J’ai immédiatement contacté les personnes en charge quelques mois avant mon arrivée à Tokyo, puis je les ai relancées 3-4 fois pour être certaine qu’elles ne m’avaient pas oubliées. Du coup, j’avais mes places de boulot réservées à l’avance ! J’ai pu travailler dès mon arrivée après avoir passé un petit entretien d’embauche et signé un contrat. A côté de ça, comme ce n’était pas du temps-plein, je n’ai eu aucun mal à trouver du baby-sitting ou du soutien scolaire sur le groupe Yahoo « Tokyo Petites annonces ».

Pour mon PVT à Séoul, j’ai directement envoyé des candidatures spontanées aux entreprises susceptibles d’être intéressées par mon profil, sachant qu’à ce moment–là, je postulais comme graphiste ou rédactrice. Mon profil a retenu l’attention d’une agence de voyage tenue par des francophones et j’ai commencé à travailler une semaine après mon arrivée (en alternant mes cours de coréen). La mauvaise surprise c’est qu’ils m’ont fait signer un contrat de « stagiaire non rémunérée » (que j’ai accepté car je voulais absolument une expérience professionnelle significative en Asie, le travail était intéressant). J’y ai donc travaillé bénévolement 5-6 mois et puis j’ai dû rapidement trouver un autre emploi car j’avais épuisée toutes mes réserves. J’ai donc déposé mon CV et une annonce sur le forum france-corée.net. Quelques jours plus tard, une entreprise coréenne me contactait et je me retrouvais assistante marketing produit! Mon premier poste à responsabilité (payé rubis sur ongle !). Une opportunité incroyable et qui tombait à pic !

Sinon, pour mon travail ponctuel en tant que figurante et modèle, j’ai constitué une liste de contacts en répondant à des annonces sur le site Craigslist Seoul et en rejoignant des groupes Facebook tels que « Modeling and Acting Jobs in South Korea ».   

Tu me disais que tu as toujours eu une place privilégiée dans les entreprises coréennes. Comment expliques-tu cette «  place privilégiée » ?

Honnêtement, je pense que j’ai eu beaucoup de chance ! J’ai toujours eu, en Corée ou ailleurs, d’excellent contact avec ma hiérarchie. On m’a toujours fait entièrement confiance dans mon travail. Lorsque j’occupais le poste d’assistante marketing produit à Séoul, j’étais la seule étrangère de toute la boîte et aussi la seule à parler français (en dehors de mes collègues coréens détachés en France). De ce fait, comme j’étais en charge du développement du marché français, j’étais une interlocutrice indispensable à la campagne de lancement du produit en France et donc… ils avaient énormément besoin de moi et n’avait pas intérêt à me perdre en route (surtout que j’ai été embauchée « en urgence » en plein rush). C’est peut-être par intérêt que mon chef et mes collègues étaient plus tendre avec moi ? Je n’en sais rien, mais en tout cas, il est certain qu’on me traitait différemment et que j’ai eu droit à beaucoup d’égards et à une grande reconnaissance sur mon travail. J’en garde un excellent souvenir et je suis éternellement reconnaissante envers mon ancien boss.

Par rapport à tes expériences, comment définirais-tu l’organisation du travail coréenne ?

C’est un peu flou justement… Ce qui m’a marqué, ce sont surtout les employés qui ne font… rien. Bien que les français passent moins d’heures au travail, j’ai l’impression que nous sommes bien plus productifs ! Je me souviens de certains collègues qui passaient des heures sur leur téléphone ou même, à rêvasser… en particulier une coréenne qui passait des coups de fils à ses copines pendant les heures de travail. Je me suis rendue compte que j’étais bien plus professionnelle et efficace que certains autres employés! Mes collègues étaient toujours impressionnés par ma rapidité d’exécution, alors que je ne faisais que ce que j’avais à faire, et j’avais du boulot !

Il est de coutume de ne pas partir tant que le boss n’a pas fini. Du coup, pour montrer mon investissement, je partais toujours en dernier, ce qui étonnait tout le monde. En fait, cette entreprise avait beau être coréenne, elle fonctionnait beaucoup plus sur un modèle américain.

La Corée du Sud est connue pour ses conditions de travail difficiles. Dans son livre «  Ils sont fous ces Coréens » Eric Surdej, ex-patron LG France, nous expose les méthodes de management utilisées dans les grosse entreprises Coréennes, les chaebols. Alors, ils sont vraiment « fous » ces Coréens ?

En fait, cela dépend vraiment du style de management de l’entreprise. De nombreuses entreprises coréennes semblent s’inspirer du modèle américain en ayant un management plus « souple » où il y a de la place pour avoir une vie sociale après le travail. C’était le cas de l’entreprise dont je vous ai parlé au-dessus.

Pour ce qui est du modèle coréen « standard », je ne l’ai pas expérimenté moi-même (je n’aurai pas tenu une semaine), mais j’ai côtoyé des cadres de chez LG et Samsung. Je pense qu’il y a des employés que ça motive et qui se sentent réellement investis d’une « mission », surtout ceux ayant un haut poste. Et puis il y a ceux qui « subissent » et qui vont au travail comme s’ils se dirigeaient vers la chaise électrique tous les matins. Je me souviens recevoir des SMS à 23h30 me disant « Je viens de rentrer du travail. Je suis fatigué. Tu fais quoi ? ». Sans oublier les dimanches au boulot « Tu peux refuser d’y aller ? » « Oui, mais si je refuse je risque de ne jamais monter en grade, la compétition est là en permanence, je dois montrer mon engagement ».

Bref, il y a les carriéristes qui rêvent de conquérir le monde et se sentent à leur place, et il y a les autres…

J’ai moi-même vécu en Corée du Sud et en observant mes amis et collègues Coréens, je me suis demandée comment ils pouvaient supporter un rythme de travail aussi intense et jusqu’où ils étaient capables de continuer à travailler. Le constat fut inquiétant quand j’ai découvert un article indiquant que le taux de suicide le plus élevé dans le monde se trouvait en Corée du Sud. As-tu entendu parler de campagnes de prévention du suicide mises en place par le gouvernement pendant ces trois années ? As-tu déjà abordé ce sujet avec tes amis Coréens ? Que pensaient-ils de cette lourde problématique ?

Je n’ai jamais abordé le sujet directement. En tout cas pas par rapport au travail. Par contre, au niveau place dans la société, avenir, relationnel, j’ai entendu de nombreux coréens parler de suicide et même passer à l’acte (un de mes ami a fait une tentative ratée il y a 2 ans). Je pense que la problématique n’est pas seulement liée au travail, mais à comment un coréen peut exister dans la société coréenne, à tous les niveaux. Le travail en fait partie.

A Séoul, il existe un pont qui a la triste réputation d’être le pont des suicidés : celui de Mapo. Pour dissuader les âmes en peine de sauter, une campagne a été lancée fin 2012. Des lignes téléphoniques d’entraide ont été installées sur ce pont et des citations censées redonner espoir ont été gravées sur les rambardes. Malgré une baisse du taux de suicide suite à cette campagne, la Corée du Sud reste aujourd’hui encore le pays avec le taux de suicide le plus élevé de l’OCDE et la première cause de mortalité chez les jeunes… avant le monde du travail, il y a celui des études et aussi du service militaire, tous n’en sortent pas indemnes…

Selon toi, comment sont perçus les étrangers dans le monde du travail en Corée du Sud ?

Je pense que la question de la perception de l’étranger en Corée doit être abordée sous un angle plus général et pas seulement sur le plan du travail. La relation qu’entretient la Corée avec les étrangers est plutôt ambiguë. D’un côté, tout est fait pour encourager le tourisme et de plus en plus de programmes culturels sont mis en place pour permettre aux étrangers de découvrir la culture coréenne, mais d’un autre il semble que les expatriés ne soient pas vraiment les bienvenus…  C’est un peu du « je te donne, mais je reprends tout » « je te montre, mais tu n’as pas le droit d’y toucher ». Je ne pense pas qu’on puisse parler de racisme, mais les Coréens n’ont pas envie de voir leur culture disparaitre ni de se faire piquer des emplois quand on sait tous les efforts qu’ils ont fait pour en arriver là. La Corée est un pays qui a sacrifié (et sacrifie encore) son peuple pour devenir toujours plus « puissante », et qui n’a pas envie de trop se « mélanger » même si elle reconnait avoir besoin de la mondialisation pour se développer. En tant qu’étranger, il faut donc gagner sa place. L’amour du pays n’est pas un motif suffisant.

As-tu constaté une différence de traitement entre les hommes et les femmes ? (les employés Coréens mais également les expatriés) ? Si oui, comment peux-tu l’expliquer ?

La place de la femme en Corée est un réel problème de société et les inégalités entre les sexes demeurent. Selon le classement du World Economic Forum, en 2014, la Corée du Sud se place 117ème sur 135 en matière d’égalité des sexes et c’est aussi le pays le moins accueillant pour les femmes en terme de carrière (c’est en Corée du Sud que l’écart des salaires est le plus important ; 37% de moins en 2012).

A ceux qui pensent que l’élection de la très conservatrice Park Geun-hye est une avancée pour la place de la femme en Corée, détrompez-vous ! La plupart de mes amis coréens disent ne pas la voir en tant que femme, mais comme la relève de son père Park Chung-hee, ancien dictateur, ce qui n’aurait donc pas une réelle influence sur l’avancée de la condition féminine en Corée.

Pourtant, depuis plusieurs années, les femmes se font entendre et affichent de plus en plus leur indépendance. Elles font de longues études, ont des projets de carrières et osent même le divorce. La femme coréenne prend aussi extrêmement soin de son apparence et c’est aussi là qu’elle en tire son « pouvoir » sur les hommes. Malheureusement, cette affirmation de la femme fait naître de nombreuses tensions et frustrations auprès de la gente masculine qui a de plus en plus de mal à trouver sa place. On voit apparaître depuis  peu un véritable courant haineux envers les femmes, en atteste les nombreux fait divers où des individus masculins commettent des violences voire des meurtres au nom de leur haine envers les femmes.

Il existe actuellement un véritable déséquilibre entre les hommes et les femmes en Corée où chacun essaye tant bien que mal  de (re)trouver sa place…

Concernant la vision de la femme étrangère, elle est souvent considérée comme un objet et un trophée. Sortir avec une étrangère, c’est pouvoir « se la péter » auprès de ses collègues. C’est une sorte de fantasme pour beaucoup de coréens. Ce genre de réaction superficielle montre aussi une image négative de la femme en Corée.

As-tu quelques anecdotes de travail à me raconter ?

Il y a une anecdote qui m’a profondément marquée lorsque je travaillais pour cette grande entreprise coréenne. C’était le dernier jour avant mon départ de la boîte. Mon boss avait organisé une soirée en mon honneur avec mon équipe et nous étions tous allés au restaurant, puis nous avions fini la soirée à trinquer dans un bar. A un moment donné, l’un de mes collègue a sorti une feuille de papier et m’a dit « c’est un poème pour toi ». Surprise, je lui ai demandé de ma le lire. Il s’est mis à pleurer… car il était si triste de me voir partir ! Nous n’étions pas si proches, mais je faisais souvent le chemin du retour avec lui. Il m’avait invité à manger chez lui un jour, sa femme nous avait préparées un vrai festin, et j’avais fait connaissance avec sa petite fille (les Coréens ouvrent rarement leur intimité). Sa réaction m’a beaucoup touchée car j’ai compris que j’étais un peu devenue sa fenêtre extérieure sur le monde, un monde dont il rêvait sans doute: ma vie d’expatriée, la France, la liberté.

 Enfin, pour terminer : un conseil à me donner si je veux m’expatrier en Corée du Sud ?

Une chose que je me dois de répéter absolument : pour s’expatrier professionnellement en Corée du Sud, il faut au minimum une licence (bac+3). Je tiens à le (re)dire car c’est précisément la raison pour laquelle, je suis de retour en France : les études. Sans diplôme universitaire, pas de visa de travail en bonne et due forme, et sans visa, vous serez dans l’illégalité (ou dans une semi-légalité en jouant sur d’autres visas). Bref, ne prenez pas de risques inutiles. Vos études doivent être votre premier objectif avant une expatriation « définitive ».Sur place, il peut être intéressant de se rapprocher de la communauté francophone pour avoir un bon carnet de contacts et favoriser les opportunités (professionnelles notamment).

A l’étranger, c’est souvent 80% de piston !

Pour le reste, chacun vit son expérience à sa façon. Il faut simplement se lancer et se faire confiance! Rien n’est insurmontable ! Ma devise : « Dream.Believe. Make it happen » (Rêve. Crois. Fais en sorte que ça se réalise.).

Un grand merci à Nunaya pour avoir pris le temps de répondre à ces questions pour le moins … complexes !

Pour revoir sa vidéo sur la recherche du travail en Corée du Sud :

Sa chaîne youtube

Son instagram

Sa page Facebook 

Likez, commentez et tout comme Nunaya, à vous de réaliser vos plus grands rêves !

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2 Comments

  • Reply Nunaya

    Un grand merci pour cette interview à laquelle j’ai pris beaucoup de plaisir à répondre! Des questions très pertinentes qui m’ont permises d’analyser mon expérience en Corée et ont fait resurgir quelques souvenirs…(plutôt des bons, je te rassure!). Je te souhaite beaucoup de succès dans ton projet et je suis certaine qu’on se croisera très bientôt… et peut-être même à Séoul l’année prochaine, qui sait? 😉

    12/06/2016 at 10:28
  • Reply Chloé To Eun Ji

    Hello ! Déjà, tu as changé de design non ? 😮 Je le trouve magnifique ! J’ai beaucoup aimé lire cette interview, c’était vraiment très intéressant. Pleins de bisous !

    12/06/2016 at 21:19
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