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Conversation autour d’un bol de ramen : être un salaryman au Japon

Tokyo, dimanche midi. J’entre dans un petit restaurant contenant seulement 8 places et commande des ramen, ces soupes de nouilles dont je raffole. Autour de moi, 3 salarymen. Au Japon, les salarymen sont tout simplement des employés de bureau. Oui mais les voilà en train de travailler un dimanche.

Je ne suis pas du tout étonnée puisqu’il est fort connu que les Japonais passent leur vie au travail.

À côté de moi, j’observe un jeune salarié qui, entre deux bouchées, regarde son portable toutes les deux secondes. Est-ce un mail de son patron ou de sa petite amie ? J’opterais pour la première option. Tout à coup, il se tourne vers moi et m’adresse un grand sourire:

« J’attends un coup de fil important de mon patron ».

A-t’il remarqué que je l’observais ? Plus aucun doute.

Haruki a 26 ans et travaille dans une banque. Son Anglais est parfait, il a étudié en Australie à l’université puis est revenu au Japon après avoir obtenu une licence en finance.

« Peu de jeunes Japonais parlent Anglais, je voulais me démarquer des autres candidats lorsque j’ai postulé à ce poste ».

Notre échange se fait naturellement, je prends des notes de temps à autres pour ne pas oublier certains détails. Nous discutons pendant 30 minutes : de mon voyage en Asie, de mon projet, de son travail et de ses rêves. Haruki travaille 6 jours sur 7 , parfois toute une semaine. C’est avec humour qu’il aborde ses journées au bureau.

« Ma journée type ? Je me réveille à 6h40, je pars au travail à 7h ; pas le temps de prendre le petit déjeuner. J’arrive à 8h au bureau, généralement je suis celui qui a toujours une minute de retard et ça a le don d’énerver mon supérieur (rire). La pause déjeuner ? Tout dépend de l’avancée de nos projets et en fonction de mon supérieur. On doit attendre qu’il parte déjeuner pour que nous puissions à notre tour aller manger. C’est pareil le soir, très souvent je reste au bureau jusqu’à 22h car mon supérieur a une réunion tardive ou bien il me donne des projets de dernières minutes. On s’exécute c’est tout. Le soir, je rentre vers 23h puis je sors faire du footing. Je me couche vers 1H puis les journées s’enchaînent exactement de la même manière ».

Haruki rêve de fonder une famille rapidement mais le travail l’empêche d’avoir une vie sociale. Il a peur de finir seul dans son grand appartement. Il sait qu’il a encore du chemin à faire dans son entreprise afin d’obtenir une promotion.

Renoncer à ses rêves pour sa carrière, c’est ce que Haruki me confirmera lors de ce court échange.

Notre conversation s’interrompt assez rapidement : Haruki reçoit un appel de son patron. Il doit retourner travailler sur le champ. Haruki me sert la main et quitte le restaurant en trottinant.

Je ne saurais jamais pourquoi Haruki a voulu discuter de tout cela avec moi: peut-être voulait-il s’exprimer sur un sujet qui reste tabou dans la société Japonaise; peut-être était-ce une façon pour lui de s’évader le temps de sa pause déjeuner et de rêver un peu.

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2 Comments

  • Reply Jasmine

    I’m glad that google translate works well for French because I was able to read this amazing experience! I guess you really do have something that makes people want to open up to you 😀 (I can agree).

    24/11/2016 at 23:37
    • Reply mycosyseoul

      Thank you my dear ! I guess it’s because of my BIG EYES ? ahaha

      25/11/2016 at 14:48

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